Mot de bienvenue Lettre éditoriale Articles de presse Me contacter
Le rapport Clips vidéo English L'illusion tranquille
Joanne Marcotte
Joanne Marcotte
Rapport sur la santé - Clips vidéo
 


CLIPS VIDÉO

Rapport du Groupe de travail sur le financement du système de santé (Comité Castonguay)
Février 2008


Voici, dans mes mots et dans un format accessible et convivial, un résumé des recommandations qui m’apparaissent les plus importantes. Je me propose, en toute humilité, de commenter le rapport du groupe de travail, comment je le comprends et ce qui, à mon avis, me semble être les points essentiels de ce document.

  1. Hommage aux artisans de la santé   (voir le clip )

  2. Qu’est-ce qui m’a surprise et décontenancée au cours de mon mandat au sein du groupe de travail ? ( voir le clip )

  3. Qu’est-ce qu’un régime public fort ? ( voir le clip )

  4. Est-il possible de se hisser au-dessus du débat idéologique ? (voir le clip )

  5. Savez-vous ce qu’est la vie d’un directeur général d’hôpital ? (voir le clip)

  6. Le privé en santé : de quoi parle-t-on exactement ? (voir le clip)

  7. Réduire le taux de croissance des dépenses publiques en santé à 4% : une utopie ? (voir le clip)

  8. Pourquoi permettre la pratique mixte ? (voir le clip)

  9. Quels sont les compromis auxquels j’ai consenti ? (voir le clip)

  10. Pourquoi augmenter la TVQ et y ajouter une contribution de l’usager ? (voir le clip)

  11. Que pensez-vous de la dissidence de Michel Venne ? (voir le clip)

    Haut de page
     

  1. Hommage aux artisans de la santé (voir le clip)

    Je veux rendre hommage à tous les médecins, aux professionnels de la santé, aux infirmières, aux préposés aux bénéficiaires, bref à tous ceux qui œuvrent au sein de notre système de santé. En toute sincérité, je tiens à vous dire que vous êtes la crème de la crème de notre société.

    Votre dévouement, votre grand cœur et votre ardeur au travail a fait que malgré toutes les compressions budgétaires et multiples réformes de structures, il se trouve qu’on a encore une médecine de qualité et sur laquelle on peut compter au Québec.

    Cela dit, je ne peux que me désoler de qu’il est advenu de vos environnements de travail. Sans vouloir dramatiser à l’extrême, il reste qu’il y a beaucoup de choses que j’ai entendues cette dernière année qui m’ont complètement renversée.

    De constater à quel point le travail est découpé, «taylorisé» est l’expression utilisée par certaines personnes que nous avons rencontrées, de constater que la gestion des ressources humaines - des ressources humaines! -  notamment le personnel infirmier emprunte à des techniques de «just-in-time» pour diminuer les coûts le plus possible, c’est totalement désolant.

    Vous ne serez pas surpris de m’entendre dire que la culture syndicale y est pour beaucoup dans cette détérioration de vos environnements de travail. En effet, sous le couvert du huis clos, plusieurs personnes rencontrées par le groupe de travail se sont exprimées ouvertement contre la rigidité des conventions collectives et syndicales. Chose certaine, on ne s’en sortira pas si tout le monde tient à garder ses acquis. Les plus jeunes contourneront le système en se faisant engager par des agences privées qui leur permettent de choisir leurs horaires, et les gens vont vouloir prendre leur retraite de plus en plus tôt.

    Par ailleurs, on a aussi eu le privilège d’échanger avec un groupe d’étudiants et le réputé Henry Mintzberg, un universitaire internationalement reconnu en culture des organisations et management, qui nous a communiqué ce message d’une simplicité étonnante : «un système de santé, c’est avant tout du monde qui soigne du monde, des gens qui collaborent ensemble à donner des services à un patient».

    Alors, je vous souhaite de vous réapproprier vos environnements de travail et de vous engager à reprendre le contrôle de ce système parce que vous en êtes le cœur et les artisans ! Les recommandations du groupe de travail vont en ce sens : vous redonner un lieu d’échanges pour que vous puissiez remodeler l’organisation du travail, faire en sorte que l’on l’autonomise les professionnels sur le terrain, amener les directions d’établissement à façonner des objectifs communs d’organisation du travail, et non pas de relations de travail ou de conditions de travail. C’est un changement de paradigme majeur et il est essentiel que nous y parvenions.

    Haut de page | Retour à la la liste des clips
     

  2. Qu’est-ce qui m’a surprise et décontenancée au cours de mon mandat au sein du groupe de travail ? (voir le clip)

    Au cours des neuf mois qu’a duré mon mandat au sein du groupe de travail, j’ai été frappée par un certain nombre de faits et j’aimerais en partager quelques-uns avec vous. Je suis convaincue que vous serez aussi renversée que je l’ai moi-même été … et peut-être plus !

    • 45% du budget de programmes du ministère de la Santé et des Services sociaux est consacré à la portion services sociaux;

    • Sur les 24 milliards $ du budget du ministère, plus de 2 milliards $ sont affectés à l’hébergement des personnes âgées (c'est presque 10%).Une place en centre d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD dans le jargon bureaucratique) coûte plus de 50 000 $ annuellement –

    • Sur les 3,6 milliards $ que coûte le programme d’assurance-médicaments, 66% (2,1 milliards $) est attribuable à la consommation de médicaments par des personnes âgées de 65 ans et plus. Et cela est sans compter que les baby-boomers n’ont pas encore fait pression sur ces coûts …;
    • La fréquentation des urgences à Montréal est 50% supérieure à ce que l’on a observé dans les autres grandes villes;

    • Selon un directeur d’hôpital, 50% des visites à l’urgence pourraient se faire ailleurs;

    • 30% des dépenses d’un établissement hospitalier ne constitue pas des soins, à proprement parler;

    • Selon un spécialiste du système de santé du Québec, 20 à 30% des actes posés dans le système de santé ne sont pas pertinents – allo la productivité …

    • Contrairement à la croyance populaire, il n’y aurait pas de pénurie de médecins : de tous les intervenants qui ont défilé devant le groupe de travail, aucun n’a fait mention de la pénurie de médecins. Ils ont tous affirmé que cette “pénurie” pouvait se résoudre si les médecins faisaient ce pour quoi ils sont formés;

    • Malgré les orientations visant à développer les soins de 1ère ligne (ex. les groupes de médecine familiale), les cabinets et les cliniques de médecins de famille ont été fragilisés et sous-financés au cours des dernières années;

    • 80% de toutes les chirurgies est, en fait, de la chirurgie d’un jour dont la majorité est élective, c’est-à-dire non urgente, et qui pourrait être pratiquée dans des environnements beaucoup plus souples et efficients;

    • Qu’il y a de toute évidence une guerre idéologique au sein du ministère et que tout le reste en découle;

    • Que des initiatives de coopératives de santé de d’hébergement ou d’économie sociale ne sont pas ouvertement encouragées par le ministère ou les agences. Pire, on perçoit ces initiatives comme une menace… une autre belle démonstration que le secteur public a une aversion telle à la concurrence que même la concurrence provenant du mouvement coopératif est mal vue;

    • L’extrême difficulté d’avoir une idée claire des chiffres : même le ministère de la Santé et des Services sociaux accuse un retard de 2 ans sur les plus récentes statistiques. Pas étonnant que le ministère soit aussi terriblement en retard sur le plan du dossier informatisé du patient;

    • Nous ne disposons pas d’une vaste expertise en économie de la santé au Québec : le cours en économie de la santé de l’UQAM a même été annulé, faute d’ouverture sur le marché du travail. Tout de même incroyable lorsque l'on sait que 44% des dépenses de programmes du gouvernement va à la santé!;

    • Tout le monde se pile sur les pieds : le ministère se mêle de la production des soins, les spécialistes posent des actes que le médecin de famille pourrait faire, le médecin de famille fait des choses que l’infirmière pourrait faire, que l’infirmière pourrait déléguer beaucoup plus aux infirmières-auxiliaires et aux préposés.

    Haut de page | Retour à la liste des clips 
     

  3. Qu’est-ce qu’un régime public fort ? (voir le clip)

    • Dans ce colossal travail de réflexion, chacun a été en mesure de formuler de nouvelles avenues et d’en débattre d’une manière civilisée. Préserver le caractère universel du régime public de santé et s’assurer que tous aient accès aux soins – peu importe le statut social ou le revenu – a constitué une préoccupation de tous les instants. Pour ma part, mon souci premier n’était pas tant de m’assurer que les services soient rendus par un secteur plutôt qu’un autre, que de faire en sorte que les conditions favorisant une offre maximale de soins soient instaurées. Tel est, à mon sens, le véritable rôle de l’État.

    • En fait, il appartient à l’administration publique, en l’occurrence au gouvernement, de déterminer :

      • La couverture générale des soins (dans le jargon : le panier de services);

      • Ce qui est médicalement requis et les délais médicalement acceptables;

      • Les normes et les indicateurs de performance, et s’assurer que ces normes et indicateurs soient évalués et respectés, afin d’assurer la sécurité des patients et la qualité des soins;

      • Les paramètres de financement (par exemple dans quelle mesure le système sera financé avec des fonds publics - nos taxes et impôts - et dans quelle mesure on sollicitera une contribution de la part de l’usager pour tel ou tel service, comme les ambulances).
         

    • Nulle part n’est-il écrit qu’un système public doit assurer 100% des soins, doit être financé à 100% par les fonds publics ni produit à 100% par des employés du secteur public.

    • Comme l’a exprimé clairement l’économiste Marcel Boyer, qui a d’ailleurs participé à mon documentaire L’Illusion tranquille : «un système de soins de santé, en particulier de soins hospitaliers, peut être public et universel sans pour autant que la prestation de ces soins soit monopolisée par des organismes du secteur public. Dans un système respectueux d’abord et avant tout des patients et axé sur une recherche continuelle de rendement, une brochette diversifiée d’établissements publics, privés à but lucratif ou non permet l’émergence d’une flexibilité, d’une comparabilité et d’une concurrence adéquates qui en bout de piste profitent grandement à l’ensemble des citoyens.»

    • Aux yeux de certains, le système public universel est synonyme d’établissements publics. Je vous rassure, ce n’est pas du tout le cas. J’en veux pour preuve le système de santé de la France qui est fondé sur une très grande diversité quant à l’offre de services (privée et publique) a été classé «meilleur système de santé au monde» par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Et on parle ici d’un pays aussi social-démocrate, sinon plus que le Québec. Ce n’est pas rien.

    • En fait, la véritable menace à l’universalité d’un système de santé, c’est le manque d’accessibilité et le fait qu’il ne donne pas les soins requis en temps.

    • Pour moi, le rôle de l’État est simple : s’assurer qu’il y ait une offre maximale de soins qui soit la plus diversifiée, plutôt que de s’assurer que tous les soins soient offerts de la même façon, dans les mêmes conditions, avec les mêmes conventions collectives.

    • Pour y arriver, nous n’avons plus le choix, il faut instaurer de nouvelles façons de faire. Cela suppose de briser le monopole public de la prestation des soins hospitaliers. Je sais que c’est très difficile de briser un monopole, mais il appartiendra au gouvernement de le faire.

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  4. Est-il possible de se hisser au-dessus du débat idéologique ? (voir le clip)

    • Je pense qu’on peut le dire à voix haute: il y a définitivement une guerre idéologique dans le secteur de la santé. Quelqu’un l’a d’ailleurs exprimé en ces termes devant les membres du groupe de travail: au ministère: "Il y a la gang pro-privé et la gang pro-public", et le reste est à l’avenant.

    • Le groupe a alors décidé de rencontrer quelques représentants du «méchant secteur privé». J’ai rencontré des gens qui veulent se donner des environnements de travail qui correspondent à leurs valeurs, qui souhaitent réaliser quatre opérations par jour plutôt que deux, le faire dans des environnements propres, qui veulent gérer leur personnel eux-mêmes, qui emploient des infirmières qui veulent travailler 3 jours/semaine, qui en ont assez de la bureaucratie, etc.

    • On a aussi rencontré des gens qui promeuvent une autre forme de service privé : des représentants qui croient aux vertus du mode coopératif, qui veulent bâtir avec leurs municipalités des centres d’hébergement qui répondent aux besoins de leur communauté. Ces gens-là aussi, ont de la difficulté à se faire entendre du ministère de la Santé et des Services sociaux. Et pourtant, au Québec, nous sommes les champions du mouvement coopératif … Il y a, par ailleurs des gens du domaine de l’économie sociale qui nous ont affirmé avoir des projets d’unités d’habitation, mais encore là, le ministère fait la sourde oreille à leurs propositions.

    • Ce débat a assez duré. Il faut arrêter de se diviser et s’ouvrir à une plus grande diversité de modes d’organisation des soins. Peu importe qui offre le service, l’important, c’est d’assurer que les services soient rendus. L’important, c’est de mettre en place des conditions qui favorisent une offre maximale de soins. Voilà ce que je crois être le véritable rôle de l’État.

    • La recommandation de notre rapport qui porte sur l’exploration de nouveaux modes de gestion est particulièrement intéressante. Pourquoi pas explorer d’autres façons de gérer nos établissements ? Dans certains pays, des infirmières ont créé et gèrent des centres de soins palliatifs. Pourquoi pas des cliniques ou des instituts spécialisés, gérés autrement que par la lourde bureaucratie du secteur public ?

    • Je suis un peu exaspérée de voir le temps qu’on prend à débattre de positions idéologiques. C’est le cas du débat souveraineté/fédéralisme. C’est le cas du débat public-privé en santé. Comme l’a récemment affirmé une politicienne : «Vous êtes tannés ? Moi aussi, chu ben tannée !».

    • Tous les éléments novateurs proposés dans ce rapport existent ailleurs, dans des pays sociaux-démocrates. La seule chose qui nous retient, c’est la peur de certains groupes qui cherchent à protéger leurs intérêts et maintenir leur emprise sur le système. Il y a un potentiel fou dont on se prive et à cause de son caractère monopolistique, le secteur public est à bout de souffle.

    • De nombreuses recommandations visent à transformer les établissements du secteur public en organisations plus dynamiques. Bravo et c’est tant mieux. Mais connaissant la lenteur des bureaucraties à se réformer, on ne peut plus se permettre le luxe d’attendre. Il faut s’ouvrir, dès maintenant, à la concurrence.

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  5. Savez-vous ce qu’est la vie d’un directeur général d’hôpital ? (voir le clip)

    • Dans le cadre de nos travaux, nous avons rencontré des directeurs généraux de centres hospitaliers et certains nous ont partagé leurs frustrations en regard de ce qu’il leur était interdit de faire. J’ai été estomaquée par ce que j’ai entendu :

    • Ce qu’un directeur général ne peut pas faire :

      • Définir son budget ? Pas question ! Il ne reçoit qu’une seule enveloppe budgétaire, une seule source de revenus du gouvernement. Et ce budget, il doit le dépenser d’une certaine façon : enveloppes dédiées, avec tel personnel avec telle qualification, etc.

      • Définir l’offre de services ? No way, elle est définie par l’Agence de santé et de services sociaux de la région et elle est extrêmement détaillée, pour ne pas dire contraignante;

      • Définir le rôle des médecins ? Oubliez ça ! Les médecins, ceux qui prodiguent les soins, ne sont pas des employés de l’hôpital. Historiquement, les médecins ont toujours voulu garder leur statut de travailleur autonome. La relation entre le directeur général qui souhaite respecter son cadre budgétaire et le médecin qui veut tout donner à son patient, est très délicate;

      • Établir le salaire des médecins ? Vous rêvez ? Cela se passe au-dessus de sa tête. Cela se négocie entre le gouvernement et les fédérations de médecins. Ce sont elles qui décident comment l’enveloppe sera répartie entre les différentes spécialités. Si il veut par exemple reconnaître la contribution d’un de ses médecins dans la gestion d’un département, le pauvre directeur général doit rivaliser d’imagination – il y en a un qui nous a confié avoir recours à son budget de stationnement dans de telles situations;

      • Sélectionner le personnel ? Jamais de la vie ! Tout est régi par la convention collective et ce sont les corporations professionnelles qui ont le dernier mot. À cet égard, c’est la religion de l’ancienneté qui prévaut, le directeur général n’a pas un mot à dire, c’est au-dessus de lui que ça se passe et c’est entre les mains des syndicats;

      • Définir l‘organisation du travail. Too bad. Ça aussi, c’est dans la convention collective où on a «taylorisé» les tâches et conçu une organisation du travail qui ressemble à une chaîne de montage pas trop gratifiante pour le personnel. On m’a relaté récemment un événement qui illustre le genre d’absurdité où cela peut mener : dans un hôpital de Montréal, un débat sur la responsabilité de remplir les savonniers a perduré pendant plusieurs mois. Et pour ce qui est de dégager une marge de manœuvre en sous-traitant des services de buanderie, cafétéria, d’entretien ? Désolé, convention collective oblige;

      • Mentionnons, en terminant, qu’un directeur général relève en principe d’un conseil d’administration où siègent des gens qui représentent leur groupe d’intérêt (CMDP, syndicat, corporation professionnelle, etc.), mais en réalité, ce conseil d’administration dispose de très peu de pouvoirs puisque les orientations sont établies par le ministère et les agences régionales à qui il est tenu de répondre...

    • Quelle est la conséquence de cette situation ? Un environnement qui ne se réforme pas, un environnement que l’on essaie de contourner de toutes les façons possibles, des médecins qui ne veulent plus opérer à l’hôpital, de jeunes infirmières qui sont engagées par des agences privées, et de plus en plus de difficulté de trouver des directeurs d’hôpitaux. Est-ce que cela ressemble à un système fonctionnel ?

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  6. Le privé en santé : de quoi parle-t-on exactement ? (voir le clip)

    Je vais tenter de distinguer les diverses formes d’organisation et de gestion, afin de dissiper la confusion qu’entretiennent certains groupes, et ce pour des raisons démagogiques.

    La prestation privée

    Tout d’abord, précisions une évidence : le secteur privé est déjà présent dans la production des services. Ainsi, 80 % des services en première ligne, dans les cliniques de santé, les polycliniques les cliniques réseaux sont de nature privée. 25% de la rémunération des spécialistes l’est pour des actes posés par des spécialistes en cabinets privés. Il y a aussi des centres d’hébergement privés pour personnes âgées qui ne relèvent pas du secteur public.

    De façon générale, tout le reste est sous la gouverne du régime public, dont les hôpitaux, les CLSC, les CHSLD, où travaillent des employés du gouvernement, et où est consacrée la plus grande proportion du budget affecté à la santé et aux services sociaux, soit 17 milliards $ sur un budget total de 24 milliards $.

    Quant à moi, le débat entourant la prestation privée des soins est purement un débat corporatiste et contre-productif, surtout si l’on s’est d’abord bien assuré d’un contrôle de la qualité des services qui s’y rendent, si ces établissements sont reconnus par le ministère, et s’ils rendent les services pour lesquels ils reçoivent de l’argent public.

    La seule raison pour laquelle on en parle, c’est parce que les organisations syndicales se sentent menacées et pourraient perdre le contrôle de leur membership, le contrôle de l’organisation du travail, des conditions de salaires, etc.

    Voilà pour ce qui est de la prestation privée, mais payée par le public.

    Le financement privé maintenant

    C’est ce qui n’est pas considéré comme du financement public (c’est-à-dire défrayé à même nos impôts et nos taxes), donc lorsque l’argent sort de votre poche ou encore lorsque vous payez avec votre assurance privée. Une grosse partie de ce qui est financé privément est constituée de services qui ne sont pas couverts par le régime public, tels les frais dentaires, les lunettes et les médicaments. Le financement privé est aussi utilisé pour une partie de certains services qui sont offerts par le secteur public : ambulances, CHSLD publics, partie de la facture de médicaments que vous payez lorsque vous allez dans une pharmacie, etc. En somme, si l’on considère toutes les dépenses de santé annuelles au Québec, ce sont 30% des dépenses qui sont des dépenses privées.

    Le vrai privé

    Le privé «privé», le vrai privé, si vous voulez, c’est un producteur de soins médicaux hors du réseau public qui est financé de façon privée (i.e. par un individu ou un assureur qui débourse). Comme par exemple, une clinique de chirurgie d’un jour qui offrirait à la fois des soins payés par le public et des soins par le privé. Cela requiert évidemment que l’on autorise les médecins à faire de la pratique totalement privée ou mixte. Et c’est ici que se situe le débat : veut-on permettre à des gens de payer eux-mêmes pour des soins déjà assurés par le public ? Ou encore, veut-on permettre à des employeurs de payer pour leurs employés des soins qui leur permettraient un retour plus rapide au travail ?

    La réponse à laquelle est arrivée le groupe de travail est "OUI", mais en autant que les médecins s’assurent de faire d’abord leur service dans le public et qu’ils aient une entente avec leur hôpital.
    Le privé encadré, c’est ça.

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  7. Réduire le taux de croissance des dépenses publiques en santé à 4% : une utopie ? (voir le clip)

    La recommandation centrale du groupe de travail consiste à faire passer le taux de croissance des dépenses publiques de santé de 6,5% à 4% sur une période de 5 à 7 ans. Je ne m’en cache pas : ça va être très exigeant, mais il faut absolument y arriver, sans quoi on va continuer de pénaliser les autres missions de l'État comme l'éducation.

    Il y a beaucoup de mesures de proposées dans le rapport pour transformer les organisations publiques en véritables organisations autonomes, responsables de leur productivité. Parmi celles-ci :

    • Revoir la couverture des soins, c’est-à-dire le panier de services;

    • S’atteler à établir des guides de pratiques, des protocoles de soins;

    • En matière de gouvernance, clarifier le rôle du ministère, des agences et des établissements;

    • Rendre les conseils d’administration plus imputables;

    • Établir des modes de financement sur la base des services rendus plutôt qu’en fonction des budgets des années passées;

    • Accélérer le développement du dossier électronique du patient.

    Pour arriver à diminuer la croissance des dépenses du secteur public, l'on pourra également s'attendre à:

    • De plus en plus de services à coûts partagés (entre vous et l’État) – on parle de «moduler» la couverture dans le rapport.

    • De sous-traiter des services administratifs qui ne relèvent pas de la mission première des établissements : buanderie, cafétéria, entretien

    Mais cela va obliger aussi de mieux choisir où on mettra les nouveaux budgets qui seront affectés au ministère. En effet, même si on réduit, sur une période de 5 à 7 ans, le taux de croissance des dépenses publiques de 6,5 % à 4%, il n’en demeure pas moins qu’on injectera dans le système public de santé plus ou moins 10 milliards.

    Vous croyez que c’est beaucoup ? Étonnamment, cela correspond à peine à ce qu’il en coûtera pour répondre aux récentes ententes avec les spécialistes et nos omnipraticiens !

    Cela veut donc dire que le système devra être suffisamment productif pour dégager des marges de manœuvre afin d’investir là où ça compte : dans la 1ère ligne, par exemple.

    Alors, il va falloir être sérieux et se donner toutes les chances de réussir. Il faudra donc permettre différents modes d’organisations et diminuer l’importance du monopole du secteur public : privé, public, économie sociale, coopératif, etc. et faire en sorte de se donner le meilleur mode d’organisation, celui qui offre les meilleurs soins au meilleur coût. Il faudra aussi permettre également de nouvelles sources de financement.

    Car ceux qui vous feront croire qu’on peut y arriver avec l’État payeur unique se font des illusions. Il faut absolument arriver avec des formules de financement partagé, sans quoi il y aura rationnement et une réduction de services.

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  8. Pourquoi permettre la pratique mixte ? (voir le clip)

    Le temps est venu d’explorer d’autres façons de produire les soins et de gérer les établissements. Certains vous diront que tant que la pénurie de médecins ne sera pas résorbée, il ne sera pas possible de permettre aux médecins de pratiquer dans le secteur privé.

    Je pense qu’il est important de faire une mise au point : d’une part, de tous les intervenants qui ont défilé devant le groupe de travail, aucun n’a fait mention de la pénurie de médecins. Ils ont tous affirmé que cette “pénurie” pouvait se résoudre si les médecins faisaient ce pour quoi ils sont formés. D’autre part, il ne faut pas mélanger une pénurie hypothétique de médecins au Québec avec le fait qu’il manque de médecins dans une région spécifique. La meilleure manière de résoudre le manque d’effectifs médicaux en région est d’offrir aux médecins des incitatifs suffisamment intéressants pour que cela leur plaise d’aller pratiquer en région.

    Par ailleurs, rappelons que nous voulons diminuer le taux de croissance des dépenses publiques de santé. Pour ce faire, on ne peut pas diminuer le débit du financement public si on n’ouvre pas un autre robinet ailleurs. C’est mathématique, logique et indiscutable. Autrement, on va diminuer l’offre globale de services et cela s’appelle du rationnement.

    Alors si on veut diminuer la contribution de l’État à la santé :

    • Il faut accepter l’offre supplémentaire qui peut être faite par le secteur privé;

    • Il faut accepter que cette offre supplémentaire puisse être payée par le privé

    • Si un médecin a fait sa pratique publique, si il a une entente avec son établissement et qu’il lui reste du temps pour offrir des soins supplémentaires dans le privé, pourquoi pas ?

    Et puis, cette proposition de mixité n’a rien de très audacieux. La mixité existe ailleurs, notamment dans des pays au moins aussi sociaux-démocrates que le nôtre ! Notre rapport propose un encadrement qui suggère que des ententes doivent être conclues entre les établissements et les médecins avant de pouvoir offrir une pratique privée privée.

    Bref, pour des raisons économiques : on ne peut pas se passer de cette nouvelle offre de services à la population ! Ici encore, je crois que la population en général est assez réceptive à cette idée de faire payer ceux qui le désirent ou encore de permettre aux employeurs de payer pour des soins qui ramèneraient leurs employés plus tôt au travail.

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  9. Quels sont les compromis auxquels j’ai consenti ? (voir le clip)

    Voici quelques-uns des compromis que j’ai acceptés au cours de nos délibérations :

    • Tout d’abord, j’ai accepté le mandat tel qu’il était stipulé, c’est-à-dire de trouver des nouvelles sources de revenus pour assurer la pérennité du système financement de la santé. Limiter l’analyse au seul secteur de la santé était difficile pour moi, car vous le savez, je crois que c’est le modèle québécois au complet qu’il faudrait corriger et si on en est rendus là, c’est en partie parce qu’on est incapable de procéder à ce que les libéraux ont appelé la réingénierie. Je vous rappelle que l’État a payé des cours de motivation à ses employés du ministère du Revenu !

      Cela dit, le Québec n’est pas une exception. Tous les pays occidentaux vivent la même chose. Le problème du financement de la santé se vit partout.

      Et si je devais me résoudre à trouver des nouvelles sources de revenus, je suis toutefois heureuse que nous n’ayons pas seulement suggéré des nouvelles sources de revenus, mais également exigé d’agir sur la colonne des dépenses, c’est-à-dire ramener, d’ici 5 à 7 ans, la croissance des dépenses de santé autour de 4%.

    • Autre compromis : J’aurais aimé que l’on exige une augmentation de la productivité avant de procéder à une nouvelle injection d’argent dans le secteur public.

    • C’est à contrecœur que j’ai accepté de ne pas revoir la couverture le régime public d’assurance-médicaments dans le cadre de nos travaux. La raison est bien simple : on nous a clairement fait savoir, au moyen d’une directive, de ne pas toucher de près ou de loin à la Politique du médicament.

    • Finalement, j’aurais souhaité que nous ayons une vision à plus long terme quant aux impacts du vieillissement de la population sur les soins de santé. On a seulement suggéré de procéder à une réflexion collective à ce sujet.

    Voilà. J’ai la conscience tranquille. Je vous aurai indiqué, en ce qui me concerne, là où nous aurions pu aller beaucoup plus loin.

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  10. Pourquoi augmenter la TVQ et y ajouter une contribution de l’usager ? (voir le clip)

    • Tout d’abord, je suis vraiment désolée de constater à quel point les finances publiques du Québec sont fragiles.

    • Mais tant que l’État sera obèse, que le secteur public demeurera aussi imposant, qu’on aura à supporter une bureaucratie aussi lourde qui gère une foule de règlements et de programmes, il faut s’attendre à se faire demander de payer davantage.

    • Le message à retenir ici, c’est que le gouvernement devra, tôt ou tard, avoir le courage de faire subir une sérieuse cure d’amincissement à notre fameux «modèle québécois».

    • En attendant, depuis 2003, le gouvernement libéral finançait une partie des dépenses de santé en privant les autres missions de l’État, comme l’éducation, par exemple. Cette année, la ministre des Finances nous dit : «On n’en peut plus.» Alors, qu’est-ce qu’on fait ? Soit on réduit la croissance des dépenses de santé, soit on augmente les impôts et les taxes, soit qu'on fait les deux.

    • Le comité a choisi de faire les deux:

      • D’ici 5 à 7 ans, on propose que soit ramené à environ 4% le taux de croissance des dépenses publiques de santé. En clair, la contribution de l'État au financement de la santé augmentera au même rythme que celui de ses revenus.

      • En attendant, il faudra combler quand même l’écart si on ne veut plus pénaliser les autres missions de l’État
         

    • C’est là qu’entre en ligne de compte une contribution de l'usager sous la forme d'une franchise et ce nouveau point de taxe à la consommation.

    • Pourquoi choisir une taxe à la consommation plutôt que d'élever les impôts? En ayant recours à la taxe à la consommation, seulement 25% des usagers n’y contribueront pas alors que ce pourcentage aurait été de 42% si on avait décidé d'augmenter l'impôt sur le revenu – puisque 42 % des gens ne paient pas d’impôts au Québec.

    • Quant à la franchise, elle n’est appliquée que si et seulement si vous consultez un médecin dans l’année. En fait, à chaque fois que vous consulterez un médecin, l’État exigera que vous payiez 25$ sur votre rapport d’impôt à la fin de l’année – si tant est que c’est la solution qu’il retiendra. Pas de consultation, pas de contribution. Cette façon de procéder est fondée sur le principe de l’utilisateur-payeur. Cela est très différent d’une prime universelle obligatoire qui n’est payée que par des contribuables qui paient de l’impôt, comme c’est le cas en Ontario.

    • L’autre solution, mise à part celle de revoir le modèle québécois au complet, consisterait à faire comme si tout balance et de mettre ce qui manque sur la dette publique.

    • Encore une fois, je suis vraiment désolée, mais tel est le véritable état des choses au Québec.

    Haut de page | Retour à la liste des clips
     

  11. Que pensez-vous de la dissidence de Michel Venne ? (voir le clip)

    Je veux offrir ici une réponse aux gens qui me demandent ce que je pense de la dissidence de Michel Venne, une personne pour qui j’ai, par ailleurs, un très grand respect.

    • Tout d’abord, Michel Venne croit que trois recommandations innovatrices du rapport (mixité de la pratique, ouverture à l’assurance privée et introduction de nouveaux modes de gestion des établissements) représentent des accros à la logique d’ensemble du rapport.

    • Je ne suis pas de cet avis. Au contraire, il me semble justement que la logique veuille que l’on assure la pérennité système de santé en jouant sur plusieurs tableaux :

      • En rendant le secteur public plus productif;

      • En complétant l’offre publique par une offre supplémentaire de services, qu’elle provienne du privé avec ou sans but lucratif, du mouvement coopératif ou de l’économie sociale.
         

    • Par ailleurs, Michel Venne estime qu’il s’agit d’un rapport pro-public. Là encore, je diverge d’opinion. Il ne s’agit ni d’un rapport ni pro-public, ni pro-privé. Ce rapport est, à mes yeux, un rapport pro-santé. Il faut en finir avec ce débat idéologique qui divise, qui est démagogique et contre-productif.

    • De plus, Michel Venne prétend qu’il faut établir, de façon sans équivoque, la priorité au système public et mettre en place un encadrement clair de l’offre privée. C’est fait. Sachez que la préservation d’un régime public universel a été une préoccupation de tous les instants. Cependant, attention: régime public universel n'est pas synonyme de monopole du secteur public dans la prestation des services. Quant à la mixité de la pratique médicale, elle est déjà très bien balisée par plusieurs recommandations du rapport.

    • Finalement, Michel Venne craint que nous ne démobilisions les effectifs du secteur public. En fait, je crois sincèrement que l’exploration d’avenues différentes provenant des communautés, du milieu coopératif, du privé avec ou sans but lucratif, ou encore du monde l’économie sociale aura un effet motivant. Une société dynamique, c'est une société qui permet La liberté de choix impose qu’on laisse aux professionnels toute la latitude de remodeler leurs environnements de travail, ce qui constitue un incitatif des plus stimulant et motivant.

    Bref, vouloir perpétuer le faux débat public-privé est à mon avis contre-productif.

    Retirer les éléments novateurs du rapport, qu’il s’agisse de la pratique mixte ou l’exploration de nouveaux modes de gestion des hôpitaux, peut se résumer à l’expression anglaise : «Take the money and run.»

    Je crois enfin que la population est bien en avance sur ses élites à cet égard et qu’il est grand temps de faire entrer de l’air frais dans un système qui en a bien besoin.

    Haut de page | Retour à la liste des clips