Le Journal de Québec
22 février 2008, p. 17
DES SOLUTIONS PROMETTEUSES
Michel Kelly-Gagnon, président du Conseil du patronat (CPQ)
Même si plusieurs opposants au privé en santé ont réagi avec horreur et indignation comme s'il s'agissait d'un virage sans précédent, les recommandations du Groupe de travail sur le financement du système de santé n'ont en réalité absolument rien de révolutionnaire. Elles ne feraient que transposer chez nous des solutions prometteuses déjà appliquées avec succès ailleurs dans le monde.
Les solutions proposées peuvent évidemment sembler nouvelles dans le contexte du Québec. Mais il faut rappeler que c'est le Québec – et le Canada – avec son monopole public sur la plupart des soins médicalement requis, qui fait figure d'exception dans le monde développé. Dans les faits, les changements proposés ne constituent qu'un rattrapage salutaire par rapport à ce qui se fait de mieux dans d'autres pays qui ont des systèmes de santé publics et universels comparables au nôtre.
Oui à l'apport du privé
Ainsi, dans un contexte où l'on souhaite une plus grande flexibilité de l'offre, la recommandation visant à permettre la mixité de pratique pour les médecins est devenue incontournable. Un médecin participant au régime public pourrait donc pratiquer dans le privé après avoir acquitté sa prestation publique obligatoire.
Tout aussi prometteur est la proposition de tester d'autres modes de gestion d'hôpitaux. À cet égard, il est difficile de comprendre la fermeture du représentant du Parti québécois. Pourquoi déchirer sa chemise pour des projets pilote? Si la démonstration s'avère négative, le gouvernement pourra toujours mettre de côté la nouvelle formule explorée. Si on veut augmenter l'offre de soins, cette peur du changement devra cesser de paralyser l'innovation dont notre système a grand besoin.
Dans le contexte où l'objectif principal de l'exercice est de permettre au régime public de maîtriser la croissance de ses coûts tout en accroissant l'offre de services, il aurait été souhaitable que le rapport explore davantage le recours accru à l'impartition. Que ce soit pour les services médicaux ou des services d'appoint comme la gestion d'immeubles, les services alimentaires et la buanderie, la plus grande flexibilité du privé dans l'organisation du travail permet aux acheteurs publics de soins d'en avoir plus pour leur argent. De tels partenariats sont déjà en place au Québec mais on est encore loin d'en tirer le plein potentiel. Ils sont monnaie courante dans plusieurs autres systèmes de santé.
Oui au nouveau mode d'allocation budgétaire
La recommandation de remplacer le mode actuel d'allocation des budgets sur des « bases historiques » par un mode basé sur l'achat de services rendus est également très prometteuse. Cela aurait pour conséquence que le patient deviendra une source de revenu pour l'hôpital au lieu d'être un coût à éviter. Les hôpitaux seront de plus incités à être plus efficaces dans la mesure où ils pourraient conserver la différence entre la somme versée par l'État et le coût réel du traitement.
Si elle est soigneusement mise en œuvre, cette méthode pourrait entraîner une hausse de la productivité et une baisse des coûts des traitements. Encore une fois, le Québec n'a pas besoin de réinventer la roue, il n'a qu'à s'inspirer des meilleures pratiques internationales.
Oui à la franchise, non à l'augmentation de la TVQ
Enfin, l'instauration d'une franchise basée sur le revenu et la consommation de soins, et dont seraient exemptés les moins nantis, est une autre avenue de réforme positive. Cette mesure contribuerait à rendre les usagers du système de santé plus conscients du coût des soins qui leur sont prodigués.
Plusieurs systèmes de santé publics et universels similaires à celui du Québec reconnaissent déjà ce besoin de conscientiser les consommateurs de soins et prévoient donc une contribution minime des usagers. Dans l'éventualité où une telle contribution s'avérerait contraire à l'actuelle Loi canadienne sur la santé, il sera évidemment nécessaire que les deux paliers de gouvernement explorent des pistes de solution. Comme l'écrit le rapport, cette loi gène l'évolution du système. Mais d'une façon ou d'une autre, le statu quo n'est plus acceptable.
La seule recommandation qui devrait être carrément mise au rancart est celle recommandant d'augmenter la taxe de vente afin de permettre aux dépenses publiques en santé de continuer à augmenter plus rapidement que la croissance de l'économie. Le rapport laisse entendre que cette augmentation du fardeau fiscal ne pourrait être que temporaire, le temps de permettre au système de santé de maîtriser la croissance de ses dépenses.
Permettez-nous d'en douter! En continuant d'injecter de nouveaux fonds publics, la pression pour réformer le système sera d'autant moins forte. Les Québécois sont déjà surtaxés et ont déjà entendu ce genre de promesse dans le passé. La solution est d'appliquer rapidement les réformes pour que les coûts diminuent rapidement, sans nouvelle taxe générale supposément temporaire.