Rapport du comité Castonguay sur le financement du système de santé québécois

Joanne Marcotte,

 

Vice-présidente du Groupe de travail sur le financement du système de santé québécois (Comité Castonguay)

 

Réalisatrice du documentaire L’Illusion tranquille

Le Soleil
Opinion, Mardi 4 mars 2008, p. 21

 

Réaction

Arrêtons d'avoir peur du changement

 

Bernier, Martin

 

Le mois dernier, le Groupe de travail sur le financement du système de santé, présidé par l'ancien ministre Claude Castonguay, proposait un certain nombre de recommandations visant à assurer la viabilité de notre système de santé. Quatrième d'une série de rapports issus de commissions d'étude et autres comités, le rapport Castonguay fait état, à toutes fins utiles, des mêmes constats que ses prédécesseurs. Il reprend plusieurs des recommandations formulées antérieurement. Qu'est-ce que ça prendra pour que nous nous décidions à agir? Quand donc comprendrons-nous le message?

 

Au fil des commissions, plusieurs pistes ont été identifiées pour sauver notre système de santé, dont certaines impliquent des mesures fiscales qui en inquiètent plusieurs. La relève médicale a également des réserves sur certaines des mesures proposées. Mais cela ne veut pas dire qu'il faille les rejeter du revers de la main comme plusieurs l'ont fait. Jamais encore les Québécois n'ont eu à se prononcer sur le coût d'option de la santé. En laissant la santé accaparer une part toujours plus grande des dépenses de programme, le Québec continue à se bercer d'illusions, sans jamais répondre à la question : veut-on un meilleur système de santé, d'éducation ou de meilleures routes? Si on privilégie la santé, il faudra se donner les moyens de nos ambitions!

 

Dans l'intérim, nous devons réaliser des gains d'efficacité, améliorer nos façons de faire et augmenter la productivité au sein du réseau de la santé. Le fait d'œuvrer dans un système public ne nous dispense pas de devoir rendre des comptes quant à notre performance. Nous devons aussi regarder la situation en face et comprendre que le statu quo nous forcera, dans un avenir rapproché, à revoir le panier des services couverts par le régime d'assurance-maladie du Québec.

 

Privé : le méchant Loup

 

Mais il faudra aussi et surtout arrêter d'avoir peur du gros méchant loup qu'on appelle Privé. Il faut cesser de penser que les cliniques médicales associées vont mettre fin au système de santé public.

 

Bien sûr, nous vivons une pénurie de personnel et il n'est pas question de déplacer les effectifs du public vers le privé, pas plus que nous ne souhaitons taxer la maladie. Mais qu'est-ce qui nous empêche de maximiser la contribution de professionnels qui sont prêts à contribuer à l'accessibilité aux soins, si des garanties sont mises en place pour assurer la viabilité du réseau public?

 

Il nous faut regarder la vérité en face. En ce sens, le rapport Castonguay est très clair et offre au gouvernement et aux contribuables plusieurs modèles pour améliorer la performance de notre système de santé et assurer l'accessibilité aux soins. Deux des mesures qu'il propose sont d'ailleurs particulièrement structurantes dans notre marche vers un système de santé plus efficace dont, notamment, la décentralisation de la prise de décision vers les régions et l'encadrement de la prestation privée dans le système public.

 

Il est trop tard pour avoir peur, trop tard pour refuser le changement. Plus nous repousserons ce moment, plus il sera difficile de redresser la trajectoire. Contrairement à ce que plusieurs croient, la prestation privée des soins renforcera le système de santé public plutôt que de le mettre en péril. C'est du moins mon opinion. Demeurons positifs et allons de l'avant.

 

Dr Martin Bernier, président de la Fédération des médecins résidents du Québec

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