Rapport du comité Castonguay sur le financement du système de santé québécois

Joanne Marcotte,

 

Vice-présidente du Groupe de travail sur le financement du système de santé québécois (Comité Castonguay)

 

Réalisatrice du documentaire L’Illusion tranquille

Qu’est-ce qu’un régime public fort? (voir le clip)

 

Dans ce colossal travail de réflexion, chacun a été en mesure de formuler de nouvelles avenues et d’en débattre d’une manière civilisée. Préserver le caractère universel du régime public de santé et s’assurer que tous aient accès aux soins – peu importe le statut social ou le revenu – a constitué une préoccupation de tous les instants.

 

Pour ma part, mon souci premier n’était pas tant de m’assurer que les services soient rendus par un secteur plutôt qu’un autre, que de faire en sorte que les conditions favorisant une offre maximale de soins soient instaurées. Tel est, à mon sens, le véritable rôle de l’État.

 

En fait, il appartient à l’administration publique, en l’occurrence au gouvernement, de déterminer :

 

· La couverture générale des soins (dans le jargon : le panier de services);

· Ce qui est médicalement requis et les délais médicalement acceptables;

· Les normes et les indicateurs de performance, et s’assurer que ces normes et indicateurs soient évalués et respectés, afin d’assurer la sécurité des patients et la qualité des soins;

· Les paramètres de financement (par exemple dans quelle mesure le système sera financé avec des fonds publics - nos taxes et impôts - et dans quelle mesure on sollicitera une contribution de la part de l’usager pour tel ou tel service, comme les ambulances).
 

Nulle part n’est-il écrit qu’un système public doit assurer 100% des soins, doit être financé à 100% par les fonds publics ni produit à 100% par des employés du secteur public.

 

Comme l’a exprimé clairement l’économiste Marcel Boyer, qui a d’ailleurs participé à mon documentaire L’Illusion tranquille : «un système de soins de santé, en particulier de soins hospitaliers, peut être public et universel sans pour autant que la prestation de ces soins soit monopolisée par des organismes du secteur public. Dans un système respectueux d’abord et avant tout des patients et axé sur une recherche continuelle de rendement, une brochette diversifiée d’établissements publics, privés à but lucratif ou non permet l’émergence d’une flexibilité, d’une comparabilité et d’une concurrence adéquates qui en bout de piste profitent grandement à l’ensemble des citoyens.»

 

Aux yeux de certains, le système public universel est synonyme d’établissements publics. Je vous rassure, ce n’est pas du tout le cas. J’en veux pour preuve le système de santé de la France qui est fondé sur une très grande diversité quant à l’offre de services (privée et publique) a été classé «meilleur système de santé au monde» par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). Et on parle ici d’un pays aussi social-démocrate, sinon plus que le Québec. Ce n’est pas rien.

 

En fait, la véritable menace à l’universalité d’un système de santé, c’est le manque d’accessibilité et le fait qu’il ne donne pas les soins requis en temps.

 

Pour moi, le rôle de l’État est simple : s’assurer qu’il y ait une offre maximale de soins qui soit la plus diversifiée, plutôt que de s’assurer que tous les soins soient offerts de la même façon, dans les mêmes conditions, avec les mêmes conventions collectives.

 

Pour y arriver, nous n’avons plus le choix, il faut instaurer de nouvelles façons de faire. Cela suppose de briser le monopole public de la prestation des soins hospitaliers. Je sais que c’est très difficile de briser un monopole, mais il appartiendra au gouvernement de le faire.

Clip vidéo