Rapport du comité Castonguay sur le financement du système de santé québécois

Joanne Marcotte,

 

Vice-présidente du Groupe de travail sur le financement du système de santé québécois (Comité Castonguay)

 

Réalisatrice du documentaire L’Illusion tranquille

Savez-vous ce qu’est la vie d’un directeur d’hôpital? (voir clip)

 

Dans le cadre de nos travaux, nous avons rencontré des directeurs généraux de centres hospitaliers et certains nous ont partagé leurs frustrations en regard de ce qu’il leur était interdit de faire. J’ai été estomaquée par ce que j’ai entendu :

 

Ce qu’un directeur général ne peut pas faire :

 

· Définir son budget ? Pas question ! Il ne reçoit qu’une seule enveloppe budgétaire, une seule source de revenus du gouvernement. Et ce budget, il doit le dépenser d’une certaine façon : enveloppes dédiées, avec tel personnel avec telle qualification, etc.

· Définir l’offre de services ? No way, elle est définie par l’Agence de santé et de services sociaux de la région et elle est extrêmement détaillée, pour ne pas dire contraignante;

· Définir le rôle des médecins ? Oubliez ça ! Les médecins, ceux qui prodiguent les soins, ne sont pas des employés de l’hôpital. Historiquement, les médecins ont toujours voulu garder leur statut de travailleur autonome. La relation entre le directeur général qui souhaite respecter son cadre budgétaire et le médecin qui veut tout donner à son patient, est très délicate;

· Établir le salaire des médecins ? Vous rêvez ? Cela se passe au-dessus de sa tête. Cela se négocie entre le gouvernement et les fédérations de médecins. Ce sont elles qui décident comment l’enveloppe sera répartie entre les différentes spécialités. Si il veut par exemple reconnaître la contribution d’un de ses médecins dans la gestion d’un département, le pauvre directeur général doit rivaliser d’imagination – il y en a un qui nous a confié avoir recours à son budget de stationnement dans de telles situations;

· Sélectionner le personnel ? Jamais de la vie ! Tout est régi par la convention collective et ce sont les corporations professionnelles qui ont le dernier mot. À cet égard, c’est la religion de l’ancienneté qui prévaut, le directeur général n’a pas un mot à dire, c’est au-dessus de lui que ça se passe et c’est entre les mains des syndicats;

· Définir l‘organisation du travail. Too bad. Ça aussi, c’est dans la convention collective où on a «taylorisé» les tâches et conçu une organisation du travail qui ressemble à une chaîne de montage pas trop gratifiante pour le personnel. On m’a relaté récemment un événement qui illustre le genre d’absurdité où cela peut mener : dans un hôpital de Montréal, un débat sur la responsabilité de remplir les savonniers a perduré pendant plusieurs mois. Et pour ce qui est de dégager une marge de manœuvre en sous-traitant des services de buanderie, cafétéria, d’entretien ? Désolé, convention collective oblige;

· Mentionnons, en terminant, qu’un directeur général relève en principe d’un conseil d’administration où siègent des gens qui représentent leur groupe d’intérêt (CMDP, syndicat, corporation professionnelle, etc.), mais en réalité, ce conseil d’administration dispose de très peu de pouvoirs puisque les orientations sont établies par le ministère et les agences régionales à qui il est tenu de répondre…

 

Quelle est la conséquence de cette situation ? Un environnement qui ne se réforme pas, un environnement que l’on essaie de contourner de toutes les façons possibles, des médecins qui ne veulent plus opérer à l’hôpital, de jeunes infirmières qui sont engagées par des agences privées, et de plus en plus de difficulté de trouver des directeurs d’hôpitaux. Est-ce que cela ressemble à un système fonctionnel ?

Clip vidéo