Rapport du comité Castonguay sur le financement du système de santé québécois

Joanne Marcotte,

 

Vice-présidente du Groupe de travail sur le financement du système de santé québécois (Comité Castonguay)

 

Réalisatrice du documentaire L’Illusion tranquille

Le privé en santé: de quoi parle-t-on exactement? (voir clip)

 

Je vais tenter de distinguer les diverses formes d’organisation et de gestion, afin de dissiper la confusion qu’entretiennent certains groupes, et ce pour des raisons démagogiques.

La prestation privée

Tout d’abord, précisions une évidence : le secteur privé est déjà présent dans la production des services. Ainsi, 80 % des services en première ligne, dans les cliniques de santé, les polycliniques les cliniques réseaux sont de nature privée. 25% de la rémunération des spécialistes l’est pour des actes posés par des spécialistes en cabinets privés. Il y a aussi des centres d’hébergement privés pour personnes âgées qui ne relèvent pas du secteur public.

De façon générale, tout le reste est sous la gouverne du régime public, dont les hôpitaux, les CLSC, les CHSLD, où travaillent des employés du gouvernement, et
où est consacrée la plus grande proportion du budget affecté à la santé et aux services sociaux, soit 17 milliards $ sur un budget total de 24 milliards $.

Quant à moi, le débat entourant la prestation privée des soins est purement un débat corporatiste et contre-productif, surtout si l’on s’est d’abord bien assuré d’un contrôle de la qualité des services qui s’y rendent, si ces établissements sont reconnus par le ministère, et s’ils rendent les services pour lesquels ils reçoivent de l’argent public.

La seule raison pour laquelle on en parle, c’est parce que les organisations syndicales se sentent menacées et pourraient perdre le contrôle de leur membership, le contrôle de l’organisation du travail, des conditions de salaires, etc.

Voilà pour ce qui est de la prestation privée, mais payée par le public.

Le financement privé maintenant

C’est ce qui n’est pas considéré comme du financement public (c’est-à-dire défrayé à même nos impôts et nos taxes), donc lorsque l’argent sort de votre poche ou encore lorsque vous payez avec votre assurance privée. Une grosse partie de ce qui est financé privément est constituée de services qui ne sont pas couverts par le régime public, tels les frais dentaires, les lunettes et les médicaments. Le financement privé est aussi utilisé pour une partie de certains services qui sont offerts par le secteur public : ambulances, CHSLD publics, partie de la facture de médicaments que vous
payez lorsque vous allez dans une pharmacie, etc. En somme, si l’on considère toutes les dépenses de santé annuelles au Québec, ce sont 30% des dépenses qui sont des dépenses privées.

Le vrai privé

Le privé «privé», le vrai privé, si vous voulez, c’est un producteur de soins médicaux hors du réseau public qui est financé de façon privée (i.e. par un individu ou un assureur qui débourse). Comme par exemple, une clinique de chirurgie d’un jour qui offrirait à la fois des soins payés par le public et des soins par le privé. Cela requiert évidemment que l’on autorise les médecins à faire de la pratique totalement privée ou mixte. Et c’est ici que se situe le débat : veut-on permettre à des gens de payer eux-mêmes pour des soins
déjà assurés par le public ? Ou encore, veut-on permettre à des employeurs de payer pour leurs employés des soins qui leur permettraient un retour plus rapide au travail ?

La réponse à laquelle est arrivée le groupe de travail est "OUI", mais en autant que les médecins s’assurent de faire d’abord leur service dans le public et qu’ils aient une entente avec leur hôpital.


Le privé encadré, c’est ça.

Clip vidéo