Rapport du comité Castonguay sur le financement du système de santé québécois

Joanne Marcotte,

 

Vice-présidente du Groupe de travail sur le financement du système de santé québécois (Comité Castonguay)

 

Réalisatrice du documentaire L’Illusion tranquille

Réduire le taux de croissance des dépenses publiques

en santé à 4%: une utopie? (voir clip)

 

La recommandation centrale du groupe de travail consiste à faire passer le taux de croissance des dépenses publiques de santé de 6,5% à 4% sur une période de 5 à 7 ans.

 

Je ne m’en cache pas : ça va être très exigeant, mais il faut absolument y arriver, sans quoi on va continuer de pénaliser les autres missions de l'État comme l'éducation.

Il y a beaucoup de mesures de proposées dans le rapport pour transformer les organisations publiques en véritables organisations autonomes, responsables de leur productivité. Parmi celles-ci :

 

· Revoir la couverture des soins, c’est-à-dire le panier de services;

· S’atteler à établir des guides de pratiques, des protocoles de soins;

· En matière de gouvernance, clarifier le rôle du ministère, des agences et des établissements;

· Rendre les conseils d’administration plus imputables;

· Établir des modes de financement sur la base des services rendus plutôt qu’en fonction des budgets des années passées;

· Accélérer le développement du dossier électronique du patient.

 

Pour arriver à diminuer la croissance des dépenses du secteur public, l'on pourra également s'attendre à:

 

· De plus en plus de services à coûts partagés (entre vous et l’État) – on parle de «moduler» la couverture dans le rapport.

· De sous-traiter des services administratifs qui ne relèvent pas de la mission première des établissements : buanderie, cafétéria, entretien

 

Mais cela va obliger aussi de mieux choisir où on mettra les nouveaux budgets qui seront affectés au ministère. En effet, même si on réduit, sur une période de 5 à 7 ans, le taux de croissance des dépenses publiques de 6,5 % à 4%, il n’en demeure pas moins qu’on injectera dans le système public de santé plus ou moins 10 milliards.

Vous croyez que c’est beaucoup ? Étonnamment, cela correspond à peine à ce qu’il en coûtera pour répondre aux récentes ententes avec les spécialistes et nos omnipraticiens !

Cela veut donc dire que le système devra être suffisamment productif pour dégager des marges de
manœuvre afin d’investir là où ça compte : dans la 1ère ligne, par exemple.

Alors, il va falloir être sérieux et se donner toutes les chances de réussir. Il faudra donc permettre différents modes d’organisations et diminuer l’importance du monopole du secteur public : privé, public, économie sociale, coopératif, etc. et faire en sorte de se donner le meilleur mode d’organisation, celui qui offre les meilleurs soins au meilleur coût. Il faudra aussi permettre également de nouvelles sources de financement.

Car ceux qui vous feront croire qu’on peut y arriver avec l’État payeur unique se font des illusions. Il faut absolument arriver avec des formules de financement partagé, sans quoi il y aura rationnement et une réduction de services.

Clip vidéo