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Financement du système de santé : l’offre de la dernière chance 19 février 2008
À l’instar de ce qu’il devrait faire au plan économique – où son rôle devrait se limiter à instaurer un climat propice à la création de la richesse – l’État devrait, dans le domaine de la santé, restreindre son action à l’élaboration d’un cadre légal et réglementaire permettant la dispensation de la meilleure offre de soins, peu importe qui dispense ces soins. Diviser, réglementer, centraliser, interdire et étouffer l’initiative n’est tout simplement plus acceptable. Cela dit, en bout de piste, j’avoue éprouver des sentiments contradictoires : comblée d’avoir pris part à un tel exercice, heureuse du boulot que nous avons accompli, généralement satisfaite du résultat, mais, en même temps, sceptique et inquiète quant au sort qui sera réservé aux recommandations du rapport. Je m’explique. Loin d’être la révélation du siècle – plusieurs commissions et comités d’études ont formulé les mêmes constats et proposé des recommandations allant dans la même direction – notre rapport va néanmoins plus loin, en remettant en question l’approche étatique, monopolistique et extrêmement centralisatrice des modes de gestion du système de santé québécois. Ainsi, comparativement à ce que l’on observe dans plusieurs pays de l’OCDE, nous devons en toute lucidité constater l’incapacité du système à s’autoréguler, et reconnaître les limites d’un secteur public asphyxiant qui brime l’initiative, l’innovation et, surtout, les précieuses ressources humaines qui y travaillent. UN RAPPORT NI PRO-PUBLIC, NI PRO-PRIVÉ À cet égard, je ne peux cacher ma déception face à l’incapacité de mon collègue Michel Venne à se hisser au-dessus du débat idéologique qui oppose le public au privé. Comme en témoigne sa position dissidente qu’il exprime en fin de parcours, il choisit d’abdiquer en faveur d’une chapelle idéologique aux yeux de laquelle il faut se méfier de tout ce qui n’est pas estampillé du sceau public. Sa dissidence à l’égard de trois propositions fondamentales (mixité de la pratique médicale, expérimentation de nouveaux modes de gestion des hôpitaux, ouverture sur l’assurance privée) représente un acte de foi à l’égard d’un monopole bureaucratique dont il connaît pourtant l’incapacité à se réformer. Qui plus est, elle rend difficile, sinon impossible, tout apport extérieur au secteur public, fût-il privé avec ou sans but lucratif, de type coopératif ou émanant de l’économie sociale. Ainsi, mon collègue prétend que ces trois recommandations vont à l’encontre de la logique du rapport, qualifiant ce dernier de “pro-public”. Or, pour moi, ce rapport n’est ni pro-public, ni pro-privé : il est pro-santé. Vouloir perpétuer le faux débat public-privé est, à mon avis, contre-productif, dogmatique, réducteur et diviseur. Plutôt que de permettre l’éclosion de meilleures pratiques, plutôt que permettre l’innovation, il préfère faire taire l’initiative sous prétexte de démobiliser les troupes. Et si cela avait l’effet inverse ? Et si cela redonnait espoir aux véritables artisans de la santé, étouffés par les rigidités bureaucratiques ? Car au risque de me répéter, ce n’est tout simplement pas dans la nature d’un monopole de se réformer. Sans pression extérieure ou en l’absence de concurrence quelconque, un monopole n’est aucunement contraint à se soumettre à un tel exercice. On a qu’à penser au réseau de l’éducation où, sans l’existence d’un secteur privé, les élèves québécois ne bénéficieraient sûrement pas de la qualité des programmes internationaux offerts, aujourd’hui, dans nos écoles publiques. Quelle que soit la provenance des soins prodigués, il appartient aux producteurs locaux – et non aux instances ministérielles et syndicales – d’identifier les solutions à mettre en œuvre, en leur conférant une plus grande autonomie d’action et une plus grande latitude dans l’organisation du travail. Le secteur de la santé, c’est d’abord et avant tout, du monde qui soigne du monde. Ce rapport est également le fruit de plusieurs compromis. Pour ma part, j’aurais souhaité que l’on exige du système une plus grande productivité avant de considérer l’injection de nouvelles sommes d’argent. Mais le compromis m’apparaissait raisonnable, d’autant que je juge essentiel que nous nous responsabilisions en tant qu’individus en regard à notre propre santé, et que nous cessions de pénaliser d’autres missions essentielles de l’État comme l’éducation. Ainsi, plutôt qu’une prime universelle qu’aurait eu à supporter, encore une fois, la classe moyenne déjà très imposée, une contribution de l’usager basée sur le concept d’utilisateur-payeur constitue, à mes yeux, une solution plus juste et raisonnable. En terminant, même si j’entends déjà les hauts cris que pousseront les groupes d’intérêt qui s’opposent à tout changement, je suis persuadée que le rapport, incluant les positions qui seront qualifiées d’audacieuses, représente ce que souhaite la grande majorité des citoyens qui, à ne pas en douter, sont bien en avance sur nos élites sociopolitiques. Pour ma part, si j’ai terminé mon mandat comme vice-présidente du groupe de travail, je demeure une citoyenne engagée et intéressée à poursuivre avec vous la réflexion. J’invite donc toutes celles et tous ceux qui souhaitent me faire part de leurs commentaires et de leurs suggestions, de consulter www.lillusiontranquille.com/sante où j’y ai déposé quelques clips vidéo vous racontant, dans mes mots, les éléments que je crois être les plus importants de ce rapport. |

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Rapport du comité Castonguay sur le financement du système de santé québécois |
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Lettre éditoriale |
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Joanne Marcotte,
Vice-présidente du Groupe de travail sur le financement du système de santé québécois (Comité Castonguay)
Réalisatrice du documentaire L’Illusion tranquille |